Démographie : y a-t-il vraiment des déserts médicaux ?

Médecins généralistes, nous prenons, à chacune de nos consultations, deux, trois ou quatre décisions dont certaines sont susceptibles de mettre en jeu la vie de nos patients. Les hommes politiques, aujourd’hui en 2015, ne prennent pas de décision. En particulier pour améliorer la santé des Français. Ils créent de nouvelles commissions. Celle qui vient de nous être présentée a un joli nom : « Comité de Pilotage de la Grande Conférence de santé ». Une nouvelle commission pour enfoncer les mêmes portes ouvertes, pour décrire les mêmes solutions. Et surtout pour ne rien faire.

Entendre parler de déserts médicaux m’énerve. Il n’y a pas de problème de déserts médicaux. Il n’y a qu’un problème de rupture de plus en plus grave entre nos « élites », qui analysent la santé qu’en termes de dépenses et les vrais gens qui, confrontés aux problèmes, essaient de s’organiser et de trouver des solutions.

Il n’y a pas de problème de déserts médicaux. Il n’y a que des médecins qui hésitent à prendre une retraite complète de peur de laisser à l’abandon une patientèle désemparée. Il n’y a que des jeunes médecins, nombreux, bien formés, mais qui ne s’installent pas, car ils ne veulent pas travailler dans n’importe quelles conditions.

Il y a aujourd’hui moins de 90 000 médecins généralistes inscrits à l’ordre des médecins et moins de 52.000 en exercice libéral ; un chiffre en baisse de 7,4 % depuis 2007 alors que le nombre de médecins a augmenté depuis 10 ans. Les études sont longues, coûteuses pour les personnes et pour la collectivité. Mais aucun gouvernant, d’hier ou d’aujourd’hui, ne se pose les vraies questions : pourquoi, alors que nous disposons de suffisamment de jeunes médecins formés, un trop faible nombre s’installe en libéral en première intention (10,7%) et encore moins comme généralistes ?

Nos gouvernants, nos élites, nos décideurs sont trop occupés à écouter les lobbys, les défenseurs d’intérêts partisans et particuliers pour s’intéresser aux vrais problèmes des gens. Je ne parle pas des médecins. Je parle de nos patients dans leur vécu de tous les jours. A quoi servirait d’avoir des services hospitaliers performants et pointus pour traiter les pathologies les plus lourdes et les plus rares si, dans nos quartiers, nos campagnes, il n’y a plus d’interlocuteur médical pour accueillir et traiter en amont les pathologies les plus nombreuses et les plus courantes ?

Ils veulent nous remplacer par les infirmières, les pharmaciens ? Ces professionnels sont nos interlocuteurs naturels. Mais nous ne faisons pas leur métier et ils ne peuvent pas faire le nôtre !
Quel mépris pour notre travail et nos fonctions ! Devons-nous continuer à nous laisser faire ? La réponse est évidente. Nous la ferons connaître au « Comité de pilotage » par tous les moyens à notre disposition.

Bernard Plédran

[1]Source : Atlas de la démographie médicale 2015

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